Le lac Édouard compte plusieurs espèces de poissons dites compétitrices,
indésirables ou nuisibles puisque leur présence a un effet négatif sur la
population d’ombles de fontaine (truites mouchetées )(salvelinus_fontinalis).
Ces espèces compétitrices sont la perchaude, le meunier noir, le
meunier rouge, la ouitouche, le mulet perlé et le fondule barré.
Les meuniers sont aussi appelés catostomes, carpes, suceurs, téteux
ou goujons, alors que la ouitouche et le mulet perlé font partie du
groupe de poissons qu’on appelle cyprins ou ménés.
Les espèces compétitrices
sont très abondantes dans le lac Édouard, en comparaison de l’omble de
fontaine. En effet, les pêches
au filet réalisées par la firme GDG Environnement au cours de l’été 1994
indiquent que les espèces compétitrices représentent 97% de tous les
poissons capturés, alors que l’omble de fontaine ne représente que 3% des
captures.
Les
espèces compétitrices affectent les rendements de pêche sportive
Plusieurs
études ont démontré que la présence d’espèces compétitrices peut
avoir un impact très important sur les population d’ombles de fontaine
et le potentiel pour la pêche. Ainsi,
la présence de meuniers noirs dans un lac à omble de fontaine peut réduire
les rendements de pêche à l’omble de près de 50%.
Si l’on ajoute une espèce comme la perchaude, la baisse de
rendement peut atteindre de 80 à 90%.
Comment l’omble de fontaine est-il affecté par les espèces compétitrices?
Les espèces compétitrices ont les mêmes préférences
alimentaires que l’omble de fontaine; elles entrent donc en compétition
alimentaire avec celui-ci.
Or,
ces espèces sont plus efficaces que l’omble de fontaine pour se nourrir
des insectes aquatiques, crustacés, mollusques, etc. qu’on trouve au
fond des lacs. Par exemple,
La forme et la position de la bouche des meuniers facilitent la cueillette
de leurs proies, alors que le déplacement en bandes facilite la recherche
de nourriture par les perchaudes et les mulets.
Puisque les espèces compétitrices sont plus efficaces pour trouver et
capturer leur nourriture, elles obligent l’omble de fontaine à
s’alimenter de proies moins profitables d’un point de vue énergétique,
c’est-à-dire qui procurent moins d’énergie par rapport à l’énergie
dépensée pour les trouver et les capturer.
Les individus qui souffrent le plus de cette compétition
alimentaire sont les jeunes ombles, ce qui augmente leur taux de mortalité
avant l’âge adulte.
L’omble de fontaine est beaucoup moins prolifiques que la
perchaude et le meunier. En effet, les ombles de fontaine de grande
taille produisent moins de 5 000 œufs par
femelle, alors que les perchaudes et les meuniers de grande taille peuvent
produire de 10 à 20 fois plus d’œufs.
L’omble est plus exigeante que la perchaude et le meunier dans le
choix de ses frayères.
Au lac Édouard, les fonds de gravier pouvant être utilisés par
l’omble de fontaine pour se reproduire sont nettement limités.
À l’opposé, les zones de végétation submergée pouvant être
utilisée pour la fraie de la perchaude abondent sur tout le périmètre
du lac Édouard et dans les méandres de la rivière aux Rats.
Il en est de même pour le meunier qui dépose ses œufs dans une
multitude de sites, aussi bien dans des zones de rapides que sur le bord
des lacs, avec une préférence pour les cours d’eau peu profonds à
courant modéré.
L’omble de fontaine est l’espèce de poisson la plus recherchée
par les pêcheurs sportifs au lac Édouard.
Ainsi,
la pêche sportive limite l’abondance des ombles, ce qui n’est pas le
cas des espèces compétitrices.
Quelques
idées préconçues à corriger:
Contrairement à ce que l’on croit généralement, les espèces
compétitrices ne mangent pas suffisamment d’œufs d’omble de fontaine
pour que cela soit un problème important.
En
effet, l’omble creuse un nid et enterre ses œufs avec du gravier immédiatement
après les avoir déposés, ce qui les met à l’abri des prédateurs.
Seuls les œufs qui dérivent avec le courant peuvent être consommés
par les perchaudes, meuniers et mulets.
De plus, l’omble dépose ses œufs à l’automne, alors que les
températures sont froides, soit au moment où les autres espèces sont
moins actives.
Il
est aussi faux de croire que s’il
y avait davantage de grosses truites au lac Édouard, elles consommeraient
beaucoup de poissons et régleraient le problème des espèces compétitrices.
Les
ombles commencent à consommer des poissons lorsqu’ils atteignent une
taille de 20 cm ( 8 pouces ). Toutefois,
ils n’en consomment pas suffisamment pour être en mesure de réduire
l’abondance des espèces compétitrices.
Le lac
Édouard à l’origine : omble de fontaine à 100 % pur.
À
l’origine, l’omble de fontaine était probablement la seule espèce
de poisson présente dans le lac Édouard. En effet, après la dernière glaciation, la mer de Champlain
a occupé une grande partie du bassin de la rivière Batiscan (environ
jusqu’à la hauteur de Rivière-à-Pierre).
Les eaux étaient alors froides et salées et seuls les poissons
capables de supporter de telles conditions ont pu remonter jusqu’au
lac Édouard. C’est le cas de l’omble de fontaine.
Les
autres espèces de poissons n’ont pu entreprendre de remonter la rivière Batiscan que beaucoup plus tard, après que le niveau de la mer se soit
abaissé et que l’eau se soit adoucie et réchauffée.
Le retrait de la mer de Champlain avait cependant révélé la présences
de plusieurs chutes et cascades sur la rivières Batiscan, ce qui empêché
la remontée des espèces compétitrices jusqu’au lac Édouard.
Alors,
d’où viennent les espèces compétitrices?
L’utilisation
de poissons vivants afin d’appâter les lignes pour la pêche à
l’omble de fontaine était une pratique courante dans le passé.
Et en raison de leur robustesse, les meuniers, mulets et
perchaudes étaient particulièrement populaires.
Or, à la fin de leur excursion, les pêcheurs rejetaient généralement
à l’eau les poissons appâts utilisés; ils introduisaient du même
coup des espèces compétitrices dans le plan d’eau.
Est-il
possible de restaurer la population d’ombles de fontaine du lac Édouard?
Aucune
solution ne peut assurer le contrôle des espèces compétitrices au lac
Édouard. En effet, on ne
peut recourir aux méthodes actuellement connues, pour des raisons
d’efficacité et de coûts. Ces
méthodes sont les suivantes :
Comment
empêcher l’apparition de nouvelles espèces de poissons dans le lac
Édouard?
Certaines
des espèces les plus nuisibles pour l’omble de fontaine sont déjà
présentes dans le lac Édouard. Cependant, en respectant la réglementation en vigueur à
propos des poissons appâts et du zonage piscicole, vous pouvez préserver
la diversité biologique actuelle et empêcher que des dommages encore
plus importants ne soient causés.
Ainsi,
l’utilisation de poissons appâts est aujourd’hui réglementée.
Dans la zone de pêche numéro 15, qui inclut le lac Édouard, la
possession et l’utilisation, comme appâts, de poissons morts ou
vivants est interdite.
Par
ailleurs, le zonage piscicole ( règlement sur l’aquaculture et la
vente des poissons ) interdit l’ensemencement d’une espèce de
poisson dans un plan d’eau où elle ne se trouve pas déjà.
Ainsi,
l’ensemencement de brochet, de doré, d’achigan, de barbotte ou de crapet, tout comme l’ensemencement de touladi, de ouananiche, de
truite brune et de truite arc-en-ciel serait interdit au lac Édouard
parce que ces espèces n’y sont pas déjà présentes.
En
effet, il est reconnu que l’introduction de barbotte et de crapets
peut être tout aussi dommageable pour l’omble de fontaine que la présence
de perchaudes. Il convient
donc d’être prudent, particulièrement dans le cas des crapets qui
sont fréquemment gardés dans les aquariums domestiques.
Quant
au brochet, au doré et à l’achigan, qui sont des espèces prédatrices,
leur introduction pourrait mettre en péril la population d’ombles de
fontaine. Ces espèces
peuvent en effet se nourrir de petites truites.
(
Tiré de « Les espèces compétitrices », dépliant conçu et réalisé
par la firme-conseil GDG Environnement Ltée, 1995 )